innovation frugale :

comment innover au plus juste ?

 

 

La rencontre du club innovation Curiosity du 3 mars 2026 était dédiée à l’innovation frugale.  

Cette démarche consiste à créer des biens ou des services avec une approche minimaliste, c’est à dire en se concentrant sur quelques fonctions essentielles, et avec le moins de ressources possibles. Autrement dit : faire mieux avec moins, pour plus de personnes. Elle est ainsi un partenaire de choix pour répondre aux enjeux sociaux et écologiques que nous rencontrons. 

 

Pour l’occasion, le club Curiosity s’est invité à la I-Factory de l’université de Lyon. Lieu voué à faire se rencontrer recherche académique et innovation concrète, le site accueille des entrepreneurs, ainsi que des espaces dédiés à l’expérimentation et à la co-création. 

 

Après une présentation de cette structure, nous avons eu la chance de recevoir 3 témoignages de professionnels qui travaillent l’innovation frugale dans leurs métiers :  

 

Innovation frugale : comment innover au plus juste ?

 

 

  • Alexandre GUILLAUME, Président de M-S, fabricant d’installations industrielles. 
  • Anne-Sophie PIERRE, référente innovation frugale chez Décathlon. 
  • Christian LE BAS, Enseignant Chercheur à l’ESDES et auteur du livre «The Economics of Frugal Innovation» 

 

Il était une fois trois petits cochons qui s’en allèrent de par le monde pour faire fortune. La suite, vous la connaissez. Tous trois

construisent des maisons, le loup souffle, la paille vole et la brique tient. Fin de l’histoire. 

 

A présent, si je vous demandais laquelle des maisons est la plus solide, vous répondriez sans hésiter la maison de brique. Vous avez raison. Mais si je vous demandais laquelle de ces maisons est la plus frugale, que me répondriez-vous ? 

La maison de paille car elle est la plus simple ? 

La maison de bois car ses matériaux sont accessibles ? 

Ou la maison de brique car elle est la seule à rester debout ? 

Car la frugalité, c’est un peu de tout ça. Il s’agit de faire au plus juste, au plus près de son but, tout en restant simple et soutenable. Un véritable casse-tête. Surtout si, quand on échoue, on finit dévoré par un loup. 

Vous retrouverez dans cet article l’essentiel pour comprendre ce qu’est l’innovation frugale, son intérêt, ses défis et ses bonnes pratiques.

 

Bonne lecture!   

 

 

L’innovation frugale : de quoi parle-t-on ?

 

L’innovation frugale a été théorisée dans les années 2000 par Navi Radjou. Celui-ci s’est inspiré pour la décrire du concept indien du jugaad, signifiant en tamoul « détournement ». A la base, cette notion désigne des techniques d’ingénierie ou de conception conçues à partir des matériaux et savoir-faire à disposition, dans des zones géographiques souvent pauvres et reculées. Elle peut se caractériser par 3 axes majeurs. 

 

Faire simple

 

Pour être frugal, une innovation doit être simple à la fois d’utilisation et de conception. Cette simplicité résulte en plusieurs bénéfices. Les produits sont plus légers, plus compacts, plus réparables, mais également plus facilement diffusables à grande échelle et moins énergivores.  

 

Un exemple très concret de telles pratiques est le développement des low-techs. Ces méthodes tentent de simplifier des techniques ou procédés pour les rendre plus accessibles et moins coûteux en ressources ; en bref, plus simples. 

 

Faire peu cher

 

La deuxième volonté de l’innovation frugale est de faire peu cher. Derrière ce concept se cachent plusieurs idées. Une innovation peu coûteuse à fabriquersignifie l’utilisation de matériaux communs et de techniques standards. Une innovation peu coûteuse c’est également une innovation qui est accessible à tous, sans distinction de classes sociales. 

 

Faire au plus juste

 

Le dernier pilier de l’innovation frugale, et sans doute le plus souvent mal compris, est celui de faire au plus juste. 

Faire au plus juste a ici le sens de sans fioriture, sans gadgets ni options qui ne seraient pas nécessaires au produit. Pour autant, cela ne signifie pas faire de la basse qualité. 

 

Par exemple, Alexandre GUILLAUME nous expliquait que, lorsqu’il a lancé ses premières machines industrielles de seconde main, il a fallu prouver à ses clients que celles-ci avaient des performances identiques aux machines neuves car aucun d’eux n’aurait sacrifié ce critère de performance pour des raisons de durabilité.  

 

L’innovation frugale définit donc en premier lieu quelles seront les fonctionnalités essentielles du produit. Ces critères peuvent être pensés en termes de performance, d’ergonomie, d’esthétique, de personnalisation, d’impact écologique… Que ce soit pour des produits de base ou des produits de luxe, l’important est de déterminer cet objectif, et de l’atteindre sans le dépasser. 

 

 

Au travers de ces trois piliers, il est facile de reconnaître les deux ambitions de l’innovation frugale. Celle historique de délivrer une innovation sociale, accessible à tous. Et celle mise en avant dans les pays occidentaux de se tourner vers une innovation durable, qui s’intéresse à la préservation des ressources et à la résolution de nos problématiques écologiques. 

 

 

Pourquoi utiliser l’innovation frugale ?

 

Maintenant que les principes de l’innovation frugale ont été posés, on pourrait se dire que l’innovation frugale s’adresse plutôt à des initiatives publiques ou citoyennes. Pourtant, nos trois intervenants nous parlent pour leur part de l’innovation frugale en entreprise. Alors pourquoi s’intéresser à l’innovation frugale quand on est une entreprise ? 

 

Être résilient

 

Plastique, pétrole, bois, coton sont autant de ressources que nos économies ont considérées comme infinies. Mais entre les changements climatiques et les crises gouvernementales, il est de plus en plus complexe de s’assurer des approvisionnements constants 

 

L’innovation frugale, en privilégiant des matériaux locaux et abondants, permet de minimiser les risques pour sa production, tout en privilégiant des solutions responsables.  

 

élargir sa clientèle

 

Comme expliqué précédemment, l’innovation frugale a vocation à produire des biens peu coûteux. En diminuant le prix de production et de revente, on permet à une plus grande partie de la population d’accéder à l’offre, tout en conservant une rentabilité économique. 

 

Elargir sa clientèle est également une manière de se diversifier, et donc d’être moins sensible aux diverses crises que peuvent traverser les entreprises.

 

S’adapter aux régulations écologiques

 

Les réglementations écologiques sont au cœur de nombreux secteurs comme la construction (zones Natura 2000), l’agriculture (Subventions PAC), ou l’industrie chimique (règlement REACH). Et ces régulations, qui dictent les marchés, s’étendent progressivement à l’économie tout entière : indice de réparabilité pour le matériel électronique, électrification obligatoire des voitures, … 

 

 Utiliser l’innovation frugale, c’est s’assurer d’être en avance sur ces réglementations, de devenir acteur de la durabilité plutôt que de subir ses conséquences. 

 

 

Comment faire de l’innovation frugale ?

3 bonnes pratiques pour réussir

 

Avoir une démarche systémique

 

Un point crucial que nous ont partagé nos trois intervenants est que la démarche de frugalité dans un projet doit être complète. Elle doit infuser chaque étape de la chaîne de valeur, sous peine de ne ressembler qu’à du greenwashing. Anne-Sophie PIERRE nous a d’ailleurs partagé la volonté de Décathlon de ne pas communiquer sur la frugalité pour que cette démarche ne se réduise pas à un argument marketing. 

 

Alexandre GUILLAUME, quant à lui, définit la frugalité comme un état d’esprit, une manière de voir et de faire les choses. Ainsi, une fois sa démarche de circularité des installations mise en place, la société M-S a voulu pousser sa vision encore plus loin en fermant la boucle et en se mettant à racheter ses propres machines. Ils ont ainsi un contrôle total des installations depuis leur fabrication jusqu’à leur remise en état et leur réemploi. 

 

Pensez à la fois l’offre et l’usage

 

Un des risques de l’innovation frugale est l’effet rebond. C’est-à-dire un effet paradoxal qui fait qu’une action positive à petite échelle a un effet global néfaste 

 

Par exemple, en produisant moins cher, on risque de donner envie au consommateur d’acheter plus. Le résultat global serait donc contraire aux attentes de la démarche. 

 

Pour que l’innovation frugale existe, il faut donc penser à la fois le bien ou le service, mais aussi l’usage que les utilisateurs vont en faire. Et pour cela, il n’y a souvent pas de meilleure manière que de sensibiliser les utilisateurs. C’est la raison d’être des labels ou des indicateurs comme le nutri-score. Ils permettent une lecture plus fine de l’impact d’un produit au-delà de son coût économique. 

 

Donner envie

 

La dernière bonne pratique que nous ont partagé les intervenants est celle de ne pas sous-estimer la puissance des imaginaires. Dans un sens comme dans l’autre. 

 

Alexandre GUILLAUME nous a décrit comme compliqués les débuts de son projet de machines de seconde main. Les industriels avaient une image négative de ces produits qu’il a fallu casser. Ils les considéraient comme de basse qualité et peu fiables malgré les tests. 

 

Du côté de Décathlon, inventer un réchaud de camping frugal a mené à la conception d’un réchaud à bois plutôt qu’au gaz. Pour s’assurer un succès malgré u

ne expérience utilisateur déroutante et plus complexe qu’un réchaud classique, ils ont basé leur communication sur l’imaginaire des camps de vacances et des feux de bois autour desquels les histoires se racontent.  

2 outils pour se lancer
Si vous voulez vous lancer dans l’innovation frugale mais que vous ne savez pas par où commencer, Spark Lab vous propose deux outils qui pourraient vous aiguiller.  
Low-tech lab

 

Le Low-tech Lab est une plateforme de documentation collaborative qui regroupe plusieurs centaines de techniques, tutoriels et projets low-techs. Si vous vous demandez s’il est possible de fabriquer autrement, plus simplement ou moins cher, voilà un bon endroit où commencer vos recherches.

 

 

 

La méthode SAD2 

 

SADD est un acronyme pour Simple, Accessible, Durable et Désirable. Il permet de se rappeler des quatre questions à se poser pour s’assurer de réussir son innovation frugale : 

  • Simple : Le produit est-il réduit à l’essentiel ? 
  • Accessible : Le produit est-il accessible au plus grand nombre ? 
  • Durable : Le produit est-il écologiquement et socialement soutenable ? 
  • Désirable : Mon produit donne-t-il envie ? 

 

Si vous cochez ces quatre cases, félicitation, vous êtes probablement proche du but. 

 

 

 

Photos de l’évènement :

 

 

 

 

 

Toute l’équipe Spark Lab vous remercie pour votre lecture : Nous sommes passionnés par l’effectuation, le design thinking, l’innovation et les liens qui sont tissés par cet environnement ! 

 

PS : Alors en fin de compte, quelle maisonnée est la plus frugale selon vous ?