Le rôle des RH :
Comment développer et
soutenir l’innovation ?
La rencontre du club innovation Curiosity du 14octobre 2025 était dédiéeaux liens entre RH et innovation. Car, que ce soit par la formation ou le recrutement de nouveaux talents, le rôle des ressources humaines est crucial pour s’assurer d’avoir à sa disposition les compétences nécessaires pour innover.
Pour échanger autour de ce sujet, le club Curiosity s’est invité dans les locaux de Flexjobà Lyon. En résonnance avec la thématique, cette entreprise accompagne ses clients à co-construire de nouveaux modèles de management et d’organisation.
Nous avons eu la chance de recevoir, pour une table ronde,3intervenantes qui travaillent sur ces liens entre ressources humaines et innovation :

Solène, facilitatrice et associée chez FlexJob, qui accompagne les entreprises à l’émergence de nouvelles façons de travailler
Béatrice, coach des intrapreneurs au Michelin Innovation Lab (MIL)
Laura, Talent Development Manager chez Haulotte
En 1923, l’usine Western Electric de Cicero, près de Chicago, produit du matériel téléphonique à la chaîne. La machine industrielle est gigantesque, une des plus grandes des Etats-Unis, jusqu’à posséder sa propre centrale électrique.
Soucieux d’augmenter toujours plusla productivité, les directeurs de l’usine lancent une étude sur l’impact de la lumière sur la cadence des ouvriers. Cette étude va changer à jamais le monde du travail.
En effet, les premiers résultats suggèrent qu’augmenter la lumière fait progresser la productivité des employés et que diminuer cette même lumière… fait également augmenter la productivité. Ces résultats étonnants vont être suivis par de multiples autres expériences similaires sur des sujets aussi variés que les temps de pause, le prix des repas…A chaque fois le résultat est identique : la productivité augmente quel que soient les changements.
Ce n’est qu’une dizaine d’année plus tard qu’une équipe de sociologues apporte une réponse à cet épineux mystère. Les ouvriers sont plus efficaces car on leur consacre de l’attention. Tout simplement. Le fait de venir les interroger et de les faire participer à une expérience augmente leur motivation. C’est ce qu’on appelle l’effet Hawthorne.
À partir de ce moment, le rôle de la Gestion des Ressources Humaines (GRH) ne devient plus seulement de gérer la masse salariale, mais également de prendre soin d’elle. Comment la garder motivée ? Comment faire en sorte qu’elle se sente impliquée dans la réussite de l’entreprise ? En bref, comment la soutenir et prendre soin d’elle.
Et nous voici déjà avec une définition un peu plus proche de ce que sont les départements RH aujourd’hui. Mais prendre soin est loin d’être une tâche aisée.

Chez Spark Lab, au cours de nos multiples projets, nous avons vu grandir et se renforcer les liens entre innovation et ressources humaines. Prenons donc le temps de nous attarder sur le seul métier que nous connaissons en profondeur, un métier transverse, versé dans le futur et en constante incertitude : le métier d’innovateur.
Vous retrouverez dans cet article l’essentiel pour comprendre comment les ressources humaines peuvent,et doivent, accompagner l’innovation pour en faire un succès. Bonne lecture !

Quel lien entre innovation et ressources humaines ?
L’innovation, un processus social
L’innovation est un processus social.
Si vous avez déjà travaillé avec Spark Lab, cette phrase ne vous est pas inconnue, elle est au cœur de notre pratique. Si ce n’est pas le cas, quelques précisions s’imposent.
Le mythe de l’entrepreneur qui révolutionne le monde seul dans son garage est, au mieux, une très jolie histoireet unetrès grande exagération. Dans les faits, les idées et les projets qui font bouger les lignes proviennent dela rencontre et de l’échange entre parties prenantes.

1 innovation = 1 idée + 1 personne
Comme l’ont souligné nos intervenantes, une innovation n’est pas seulement une bonne idéeenrichie. Elle peut prendre plusieurs formes : un progrès technique, un nouveau produit ou service, une nouvelle méthode d’organisation, etc. Et surtout, une innovation est incarnéeparles personnes qui la porteront et la feront grandir.
Et, pour que ce chemin se déroule au mieux, les porteurs d’idées ont besoin de s’équiper. Quels outils utiliser ? Quelle posture adopter ? Comment embarquer autour de soi ?

Les ressources humaines, un allié
Les ressources humaines jouent un rôle crucial pour assister les deux points précédents. Tout d’abord, elles sont les garantes du dialogue social en entreprise. Pour que la discussion et le débat puissent avoir lieu, il faut un climat social approprié et apaisé. Ensuite, celles-ci ont toutes les clés en main pour accompagner les collaborateurs dans leur formation aux savoir-être et savoir-faire de l’innovateur.Si l’innovation est un voyage, la tâche leur revient donc de faire en sorte que chacun ait en main sa boussole, son équipe et son sac à dos.

Qu’est-ce qu’un environnement favorable à l’innovation?
Si les Ressources Humaines doivent créer un environnement dans lequel l’innovation peut naître et grandir, il est bon de se demander à quoi ressemble cet environnement pour les collaborateurs.
Pouvoir être audacieux, sans être en danger
S’il y a une chose que nos intervenantes ont pointé du doigt, c’est que l’innovation demande une liberté d’action. L’innovateur doit pouvoir réfléchir, tenter, apprendre et, comme l’innovation est par nature incertaine, se tromper.
Dans de nombreuse organisation, c’est cette peur de l’échec qui freine l’innovation dans tous les métiers. Limitées par les objectifs du quotidien ou la peur de décevoir, les initiatives ne se lancent que lorsqu’elles sont certaines de réussir, ce qui retarde et étouffe la plupart d’entre elles.
Il faut donc rassurer les collaborateurs. Par exemple, afin de créer cet espace de liberté sécurisée, le MIL de Michelin garantit à tous les entrepreneurs qui l’intègrent un poste dans l’entreprise si leur projet s’arrête. Les collaborateurs peuvent ainsi intégrer le programme sans craindre pour leur emploi.
Un autre exemple nous a été partagé par Solène de Flexjob. Pour décomplexer les collaborateurs sur leur marge de liberté, elle les a invités à jouer au Top 10 des erreurs en entreprise. Dans ce jeu, les joueurs invententune erreur en fonction du numéro secret qu’ils ont pioché, de 0 (une erreur sans conséquence) à 10 (la pire erreur possible). L’objectif : se rendre compte que la vaste majorité des erreurs ont un impact minime.On peut ainsi dédramatiser les erreurs, pour s’autoriser à en commettre dans le futur.
Avoir les moyens d’acquérir les bons savoir-faire et savoir-être
Quelque soit sa forme, l’innovation requiert des compétences souvent éloignés des apprentissages universitaires. Plutôt que de gérer un projet en fonction de sa finalité, l’innovateur doit savoir créerson chemin sans en connaître la destination.
Cela requiert à la fois de nombreux savoir-faire (mener une exploration, faire des interviews, connaître les biais cognitifs, prototyper, …) et de savoir-être pour vivre cette incertitude sans sentiment de frustration ou d’angoisse.
Evidemment, les compétences à apprendre et déployer dépendent du cadre de travail, du projet, et des ambitions des porteurs. C’est pourquoi Décathlon a déployé la Décathlon University, un catalogue de formations dans lequel chaque collaborateur peut venir piocher les compétences innovation dont il a besoin, quand il en a besoin.

Pouvoir travailler transversalement
L’innovation est une discipline transverse. Que ce soit parce que chacun peut innover dans son métier, ou parce que sa pratique nécessite de croiser les points de vue, il est essentiel que tous les collaborateurs puissent copérersur ces sujets.
En général, la plus grande barrière à la collaboration provient d’un manque de langage commun. Qu’est-ce que l’innovation ? En quoi l’exploration se différencie-t-elle de l’exploitation ? Quel processus d’innovation utilise l’entreprise ? Sans réponse à ses questions, difficile de se comprendre et donc de communiquer.
C’est une des raisons pour lesquels chez Spark Lab nous avons conçu la fresque de l’innovationque nous déployons depuis plusieurs années maintenant. En 3h, les participants peuvent découvrir la méthode du design thinking tout en développant un langage commun autour de ses outils.

Comment créer les conditions favorables à l’innovation ?
Connaître les conditions favorables à l’innovation est une chose, mais les déployer en est une autre. Les intervenantes nous ont partagé au cours de la soirée leurs bonnes pratiques pour favoriser l’innovation et la prise d’initiative dans leur entreprise.
Avancer par petits pas et capitaliser sur ce qui a déjà été fait
Si vous vous lancez dans un programme d’acculturation à l’innovation, vous allez vous tromper. Il s’agit d’une triste nouvelle, mais la vérité est qu’il est impossible de trouver du premier coup le format idéal.
Un bpn conseil est d’avancer progressivement. Plutôt que de lancer de grands chantiers, il vaut mieux privilégier de petites actions et une amélioration continue. Une bonne pratique est de se servir des projets qui ont déjà vécu au sein de l’entreprise. De quoi leur porteur auraient-ils eu besoin ? Quels sont les obstacles qui se sont opposés à eux ? Leur réponse sont les meilleurs indices pour mettre en place le programme adapté.
Faire porter les projets par une « équipe »
Le chemin de l’innovateur est long et semé d’embûches. Et lorsqu’on s’y aventure tout seul, deux dangers principaux nous guettent : se perdre et se décourager.
Concernant le premier, on dit souvent en innovation qu’il faut tomer amoureux de son problème, et non de sa solution. En étant seul, on peut parfois se laisser entraîner par ses idées et ses biais cognitifs. Avoir un, ou plusieurs, autres avis permet de limiter cet effet d’entrainement qui peut déboucher à la mort d’un projet.
Le second est davantage dû à la notion d’incertitude. Confronté au doute et au flou du processus innovatif, on peut parfois perdre de vue ses objectifs ou avoir du mal à se confronter à l’échec. Être plusieurs permet alors de réguler le niveau d’énergie et de motivation pour que le projet ne finisse pas délaissé.

Prendre soin des porteurs de projets
Innover c’est planter des graines à côté du grand arbre de l’entreprise. Voilà pourquoi on peut rapidement se sentir seul lorsqu’on se lance. Alors, pour que les porteurs de projet vivent au mieux cette période d’exploration, il est important qu’ils se sentent supportés.
Pour cela, plusieurs options sont possibles. Cela peut être par une mise en valeur auprès des autres collaborateurs, comme Haulotte qui félicite aux vœux de fin d’année toutes les initiatives lancées, ou par des récompenses comme du temps passé ensemble, des formations, ou des moyens accordés au projet.

Aller voir ailleurs
Une autre bonne manière de débuter est simplement d’être curieux. En allant voir dans d’autres entreprises leurs pratiques, outils et méthodes, on peut s’inspirer en s’émancipant des contraintes inerrantes à son secteur.
Ce besoin d’échanger et de prendre du recul est une des raisons qui nous ont poussés à créer le club Curiosity. Au cours de ces événements, les participants peuvent découvrir, questionner et chercher conseil auprès d’autres structures. Donc si jamais vous n’avez jamais eu l’occasion de vous y rendre, sachez que nous serions ravis de vous y rencontrer lors de la prochaine édition du 3 mars.






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Toute l’équipe Spark Lab vous remercie pour votre lecture : Nous sommes passionnés par l’effectuation, le design thinking, l’innovation et les liens qui sont tissés par cet environnement !
Nous en profitons pour remercier de tout notre cœur Fiona sans qui le Club Curiosity, et donc cet article, n’existerait pas. Après ce dernier événement, elle est partie plantée des graines dans d’autres jardins professionnels, et nous avons hâte de découvrir quels arbres en naîtront.
